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Dossier : La graisse humaine, matière première de la beauté
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La graisse humaine, matière première de la beauté - publié le 13/12/2008La graisse humaine est de plus en plus utilisée en médecine. Elle a tout d'abord été utilisée pour reconstruire le corps à la suite de malformations ou pour corriger certaines séquelles post-intervention chirurgicale. Aujourd'hui la médecine esthétique a fréquemment recours à cette matière première totalement écologique et dénuée de risques de rejet.
Jusqu'à présent la graisse humaine était injectée dans le visage et dans les mains, mais pas dans la poitrine car des spécialistes estimaient que ces implants graisseux pouvaient gêner la détection du cancer du sein par radiographie. Or des radiologues affirment aujourd'hui qu'il n'en est rien. Les augmentations mammaires par implants graisseux vont donc pouvoir être développées.
La méthode d'utilisation de la graisse humaine a énormément progressé en trente ans. Le prélèvement de la graisse ne laisse plus du tout de cicatrices et son implantation
non plus. La période post-chirurgicale, dite d'exclusion sociale, a aussi pratiquement disparu et la douleur a été considérablement réduite. Pourtant, et paradoxalement,
depuis vingt ans les transferts graisseux ont été limités.
Limités car des radiologues américains ont estimé dans les années 1990 que les implants graisseux gênaient la détection du cancer du sein. Face au risque d'erreur de
diagnostic, les tissus adipeux ont été limités au visage et aux mains. Mais lors du dernier congrès de chirurgie esthétique, qui s'est tenu à La Défense (92) en novembre
dernier, une équipe de radiologues lyonnais a défendu la thèse opposée : « La graisse humaine ne gêne pas la détection du cancer du sein. Au contraire, elle la facilite » a
déclaré Nicole Guérin, qui a pris la parole devant un parterre de chirurgiens esthétiques.
Contactée par la clinique Élysée Montaigne, la radiologue membre de la fédération nationale des centres de lutte contre le cancer s'explique plus précisément. « Il y a quinze ans, le
matériel était moins performant. La mammographie numérique, plus précise, n'existait pas. Aujourd'hui nous lisons beaucoup mieux les radiographies. Avec la technologie actuelle,
il est plus aisé de faire la différence entre une micro-calcification bénigne, résultant d'un transfert graisseux, et une micro-calcification qui peut entraîner un cancer.
Car l'une et l'autre ne se ressemble pas. Par ailleurs si un doute subsiste, nous pouvons pratiquer une biopsie (examen médical qui consiste à prélever une portion de
tissu d'un organe pour l'étudier) pour en avoir le cœur net, technique qui n'existait pas non plus il y a quinze ou vingt ans ».
Autre spécialiste de la radiographie des seins, Henri Tristant, radiologue à l'Institut de radiologie Hoche à Paris, abonde dans le sens de sa collègue lyonnaise et va même plus loin. « La graisse facilite le travail du radiologue ! Elle est transparente, donc nous voyons mieux, surtout depuis la mise au point de la technique du docteur Coleman. Avec sa méthode de prélèvement de tissus graisseux et de leur traitement, les cellules de graisse nécrosées ou abîmées ont disparu. Il ne reste que des cellules vivantes, ce qui limite le risque d'apparition de petits kystes huileux que l'on avait autrefois du mal à différencier des micro-calcifications pouvant entraîner un cancer du sein ».
En 1995 le docteur américain Sydney Coleman invente une méthode innovatrice d'injection de cellules
graisseuses. Celle-ci consiste à préparer la graisse entre son prélèvement et son injection. Auparavant, la graisse prélevée était injectée telle quelle. Elle contenait
donc des globules rouges, des cellules mortes et du tissu conjonctif. Les résultats étaient alors pauvres : jusqu'à 100% de résorption, de grandes cicatrices ou l'endurcissement
de la graisse injectée.
Le docteur Coleman eut l'idée de laver la graisse prélevée et de la centrifuger afin de ne conserver que les cellules saines avant de la réimplanter ou de la congeler.
Il a également accompagné son innovation d'une méthode technique à l'attention des chirurgiens.
Selon nombre de chirurgiens esthétiques, l'idée de prendre de la graisse à un endroit du corps où elle est en excès pour la replacer là où elle manque est une idée « vieille comme le monde ». Pourtant elle est encore appréhendée comme une solution d'avenir. « Non seulement je pense que les transferts graisseux n'entraînent aucune complication, poursuit le docteur Tristant, mais je pense que les implants graisseux dans les seins représentent une technique d'avenir. Cela permet des apports localisés pour corriger des imperfections, mais cela réagit également comme le reste du corps : si une patiente prend ou perd du poids, sa poitrine prendra ou perdra elle aussi du volume. Quelle que soit la fluctuation, la poitrine restera en adéquation avec le reste du corps, ce qui n'est pas le cas avec des prothèses. »
La comparaison entre la graisse humaine implantée et les prothèses risque d'être douloureuse pour les fabricants de ces dernières, tant les résultats de transferts graisseux
sont supérieurs. Le chirurgien esthétique Emmanuel Delay, basé lui aussi à Lyon, a publié en 2005 un article décrivant les alternatives aux prothèses mammaires dans les
Annales de chirurgie plastique esthétique. Il relevait que la reconstruction par prothèse « donne un sein de forme ronde, d'aspect peu naturel » et pointait plus loin
« le risque de formation d'une coque périprothétique (sorte de cicatrice qui se forme autour de la prothèse et qui la durcit) ». Il notait également qu'une prothèse présente
une moindre mobilité, que les prothèses gonflables ont tendance à se dégonfler, qu'un sein reconstruit ne vieillit pas comme le second, ce qui entraîne une dissymétrie,
et que quelle que soit la prothèse choisie celle-ci s'intègre mal dans le schéma corporel. Enfin il rappelait que l'expérience lui avait appris que beaucoup de femmes étaient
rebutées à l'idée d'installer un corps étranger en elles.
Au contraire il mentionnait des résultats très concluants pour les reconstructions autologues (reconstruction utilisant les tissus – ici des tissus graisseux – de la patiente).
« Les reconstructions autologues permettent d'obtenir des seins souples et chauds qui maintiennent leur caractère dans le temps ».
Appelée lipo-structure, lipo-modelage ou encore lipo-filling, la technique visant à ponctionner de la graisse d'un endroit du corps pour la réinjecter dans un autre endroit a d'abord été destinée au visage. Implantée en très petite quantité (pas plus de l'équivalent d'un grain de riz), la graisse humaine a permis de retoucher le volume des pommettes, les plis d'amertume, les joues trop creuses, les sillons nasogéniens, les tempes creuses, les arcades sourcilières, les lèvres ou encore les cernes sous les yeux. Ensuite seulement la technique a été étendue à la poitrine. Mais quel que soit l'endroit de l'implantation de tissus adipeux, les chirurgiens ont toujours remarqué l'action trophique, bénéfique, de la graisse humaine. En remplissant un espace sous la peau, la graisse retend les tissus et élimine les rides. Mais plus important, l'implant fonctionne comme une greffe de cellules graisseuses. Il entraîne la multiplication des vaisseaux sanguins qui créent une meilleure oxygénation des tissus. Enfin, la graisse transplantée s'accompagne toujours de fabrication de collagène local. Au final, ces trois caractéristiques donnent pour résultat une peau plus tendue, mieux irriguée et plus épaisse, autant de signes typiques d'une peau jeune.
Sans liposuccion, pas de lipo-structure ! Car la lipo-structure n'a vu le jour que lorsque la liposuccion
s'est elle aussi modernisée. Les premiers cas de greffes de tissus graisseux remontent à la fin du XIXème siècle, la première reconstruction mammaire étant effectuée
en 1895. Le docteur anglais Willy a été le premier à injecter chirurgicalement par seringue de la graisse dans le visage, dans les années 1920. Les expériences se sont
ensuite poursuivies jusqu'aux années 1950 où tout s'est arrêté, du fait de l'apparition du silicone liquide et du collagène bovin purifié.
Mais la technique des implants graisseux était bloquée par les problèmes de prélèvements et d'implantations. Il fallait la lipo-aspiration moderne. Là aussi les premières
tentatives remontent au début du XXème siècle, mais elles se concluent souvent mal (hémorragies, complications, amputations). Il faut attendre 1977 pour qu'un médecin
italien, puis à sa suite un médecin français s'investissent et mettent enfin la méthode et le matériel au point. Quelques retouches sont apportées les années suivantes, notamment
l'idée de prélever la graisse juste sous la peau et non en profondeur, et la lipo-aspiration prit son envol dans les années 1990. Elle est aujourd'hui l'opération esthétique
la plus pratiquée dans le monde.
Avant toute intervention, notamment au niveau de la poitrine, certains chirurgiens, à l'instar du docteur Delay, recommandent de réaliser une mammographie et une échographie
au préalable, pour détecter d'éventuels problèmes. Ensuite l'opération dure au maximum une heure et demi, ce qui permet donc, dans le meilleur des cas, de ne pas passer de nuit
en clinique et l'intervention ne nécessite ensuite aucune immobilisation. Les risques de complications sont quasiment inexistants puisqu'il s'agit de tissus issus du même corps.
Les risques d'allergie ou de rejet sont donc nuls. Seuls quelques œdèmes peuvent survenir après l'intervention.
Le chirurgien prélève tout d'abord sous anesthésie locale de la graisse dans la zone « donneuse » (ventre, hanches, fesses, etc.) à l'aide d'une seringue. Ensuite la graisse
est lavée et centrifugée afin de n'en conserver que les cellules en bon état, ce qui limite les risques d'œdème (gonflement). Ensuite le chirurgien procède à l'implantation, toujours
à l'aide d'une seringue. La correction diminuera de 30 à 60% au cours des mois suivants. C'est pourquoi il est parfois nécessaire de pratiquer plusieurs interventions, tous
les trois à quatre mois, jusqu'à satisfaction. Toutefois il faut patienter trois mois avant de constater les pleins effets de l'implant. Ensuite les résultats ont une pérennité
estimée jusqu'à cinq ans. Ensuite, il suffit de recommencer.
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