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Exposé de Jacques Séguéla - La mutation esthétique
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La graisse humaine, matière première de la beauté - publié le 13/12/2008Invité par la clinique Élysée Montaigne au lancement de son concept Paris, Capitale Mondiale de la Beauté, le publicitaire Jacques Séguéla livre sa vision d'une société en pleine mutation qui digère peu à peu la prolifération des images pour les transcender en une valeur démocratique. Explications.

Nous sommes en train de vivre un tsunami sociétal, je crois que les français ne s'en rendent pas bien compte.
Nous sommes en train de changer totalement de façon de vivre, de façon d'être, de façon de penser, de façon de dépenser, et vous êtes parmi les artisans de ce monde du futur qui s'invente.
Parce que la société qui, hier, était une société de mots au 19ème, au 20ème siècles, est devenue une société d'image, et dès l'instant où elle est une société d'image et où en plus les images se
répandent sur tous les écrans, pas simplement les écrans de télévision mais aussi les écrans d'ordinateurs, les écrans de mobiles, chacun est assujetti à sa morphologie.
Qui dit médiatique dit morphologie, qui dit image dit besoin de plaire, qui dit image dit supériorité de plaire, qui dit image dit création d'émotion, création de désir.
La deuxième mutation, c'est que nous passons d'une société de masse à une société de personnes, et plus nous irons, plus nous irons vers ce besoin d'identité individuelle. Or une identité individuelle ça se crée, ça s'aime, ça se
protège. Si on ne s'aime pas, on ne peut pas réussir dans la vie.
Et votre métier à vous est un peu un métier de faiseur de miracle. C'est justement en corrigeant une disgrâce, vraie ou fausse, peu importe, de redonner du moral aux gens.
Je me souviens d'avoir fait un slogan publicitaire pour un coiffeur, c'était « recoiffez-vous le moral« . Et bien vous c'est la même chose, cela va beaucoup plus loin que le recoiffage, vous redessinez le moral des gens.
Je crois aussi que nous entrons dans une sorte de démocratie humaine, parce que finalement l'identité de chacun c'est ce qu'on appelle la démocratie. C'est le droit de chacun à s'exprimer, à être, à paraître au mieux de ce qu'il est.
La troisième mutation est que nous passons d'une société de l'effort, pénible au 18ème siècle, lourde au 19ème siècle, encore très angoissante au 20ème siècle, à une société de l'égoïsme.
Alors c'est à la fois une société du et moi, et moi, et émoi.
Parce que nous sommes dans une société de passion, de compassion, de réaction, et que seule l'émotion fait avancer la communication.
Regardez les télés : on en a jusque là. Regardez les films quels qu'ils soient : si les « Ch'tis » ont autant marché, c'est parce qu'ils ont créé une émotion. Il n'y a rien d'autre dans ce film.
Hier c'était les automobiles, et bien c'est quand même mieux qu'un rouleau de plastique. On a quand même fait un progrès fou. Cela montre bien d'ailleurs que les objets qui hier étaient les objets auxquels on se raccrochait, justement
pour paraître, sont dépassés aujourd'hui par le plus bel objet qui soit, qui est nous-même, et il n' y a pas de honte à avoir cela.
J'ai lu une étude américaine extraordinaire, qui était faite sur plusieurs milliers d'individus, avec toute la science qui mène à ces choses-là, et qui a prouvé que la beauté augmentait les salaires de 10%. C'est extraordinaire, ils
ont pris des gens, je ne sais pas comment ils les ont classés. Ils se sont aperçus que les plus beaux en moyenne gagnaient 10% de plus ; normal, quand je reçois une jolie créatrice qui vient me voir, je suis plus enclin à
l'embaucher qu'un laideron.
Bien sûr le talent joue son rôle, mais nous sommes quand même tous qu'on le veuille ou pas séduits par la beauté.
Et puis, nous devenons une société de vieux. Toutes les 50 secondes, un français a plus de 50 ans. Vous vous rendez compte !!!
J'étais en Chine il y a quelques semaines, mon patron chinois m'a dit : « Est-ce que tu sais que la population des moins de 30 ans en Chine est égale à la population tous âges confondus de la Russie, plus l'Amérique, plus l'Australie ? »
Et au retour je me suis arrêté en Inde pour visiter nos agences et mon patron indien m'a dit : « Mais tu rigoles ; chez nous, la population des moins de 30 ans est le double de celle de la Chine, car chez nous on peut faire plusieurs enfants alors
que eux sont limités à un, maximum deux ».
Face à cela nous avons une population de vieux, de plus en plus envieux, envieux de quoi ? D'être jeune, j'en sais quelque chose puisque j'en suis l'illustration.
Donc nous avons l'obsession de vieillir jeune.
Les jeunes commencent à avoir cette obsession dès l'âge de 20 ans. Vous savez que la préoccupation de la retraite commence à 21 ans ? C'est à se taper la tête contre les murs ! Vous voyez que vous avez de l'avenir
devant vous. À 21 ans on commence déjà à penser à sa retraite, et on commence déjà à penser à sa retraite physique et donc on commence déjà à vouloir gommer les imperfections qui sont là, avant qu'il ne soit trop tard, avant même
que votre môme ne puisse s'en apercevoir, et surtout pour vous mettre le plus vite possible dans ce qui sera un nouvel art de vivre qui est le savoir vieillir.
Je suis heureux de participer à ce lancement même si c'est ambitieux, de Paris Capitale de la Beauté, car ce sont les seules choses qui nous restent en France. Il nous reste les idées, la beauté, le luxe, l'art de
vivre, c'est là-dessus que l'on doit se battre. Pour tout le reste, nous sommes un petit pays qui de toute façon se fera toujours dévorer par les grands. Mais nous, nous sommes l'image emblématique de la beauté mondiale. Et c'est
cela que vous défendez avec votre projet.
Et puis je crois surtout que nous sommes, que vous êtes, en train de tuer un tabou, et cela c'est le plus important.
Quand une femme se fait faire une opération de chirurgie esthétique, elle n'ose pas le dire, parfois même pas à son mari, c'est quand même extraordinaire ! J'ai vu des femmes partir en voyage avec la mienne pendant 15 jours pour se
cacher, et au retour, le mari ne s'apercevait même pas qu'il y avait eu une chirurgie esthétique. Or elle était bien là.
Donc il y a un vrai problème de communication de fond, je ne dis pas de publicité, elle est interdite, et après tout cela n'est peut-être pas une mauvaise chose même si nous sommes le dernier pays au monde à refuser de la publicité à la
médecine qui en a bien besoin, mais il faut que l'on arrive à vaincre cette appréhension.
Si j'avais 40 ans de moins et si je vous avais connu il y a 40 ans, j'aurai 35 ans plus tard la chevelure de George Clooney, car j'ai fait ma première chirurgie esthétique à 40 ans. Je commençais à me déplumer,
je me disais « avec les gonzesses cela ne va plus marcher » - pardon, je n'avais pas encore trouvé la femme de ma vie, et donc je suis passé dans les bras d'un chirurgien de grande qualité.
Mais il y a 40 ans, vous n'imaginez pas ce que c'était. J'ai cru qu'on m'enlevait le foie, les yeux, les oreilles, 15 jours avec un bandage autour de la tête etc. Je devais avoir 3 séances, je ne suis jamais allé aux 2 autres.
Tout d'abord parce que cela n'avait pas assez d'évolution et deuxièmement parce que j'avais honte qu'on me dise « alors tu perds tes cheveux, alors tu t'en fais replanter... » etc.
Jusqu'au jour ou Berlusconi est allé devant une caméra, avec son bandeau sur la tête et a dit : « Je vous emmerde, je me suis fait implanter des cheveux ».
C'est cette évolution-là que nous sommes en train de vivre. Normal : puisque nous entrons dans une société de l'image, nous devons sacrifier à l'image.
Et puis ce que j'aime dans votre volonté c'est la démocratisation de la chirurgie plastique. Il n'y a pas de raison que cela soit réservé à ceux qui savent, à ceux qui sont riches, à une sorte d'exception, de gentry. Tout le
monde a droit à la chirurgie esthétique, j'espère qu'un jour elle sera remboursée par la sécurité sociale. Elle l'est déjà parfois mais pas suffisamment.
Il n' y a pas de raison de ne pas la guérir et vous, vous pouvez la guérir.
Je crois que nous entrons dans l'ère du professionnalisme. Qu'est-ce que vous représentez ? La seule chose que l'on attend : la compétence, la sécurité et l'efficacité. Bravo Marcel en tout cas d'avoir réussi cela. Il faut encore vaincre cette appréhension du public.
Pour finir j'ai noté une phrase d'Yvo Pitangui, puisque maintenant Marcel tu es le nouveau Pitangui qui, tu le sais peut-être, est entré dans le livre du millenium, comme un des hommes et des femmes qui ont fait le 20ème siècle aux
cotés de Freud, de Flemming, d'Einstein et de Marie Curie, et je te souhaite cela Marcel dans quelques années.
Et il a dit : « Malgré cet honneur insigne, je suis en paix avec mon image car j'ai un ego condescendant ». C'est ton cas aussi mon cher Marcel.
De plus il faut dire que l'industrie de la beauté est une industrie française. N'oubliez pas que la plus grande marque de beauté, l'Oréal, est une marque française. 40% du luxe qui se porte dans le monde sort de la France, que ce soit
Vuitton, Dior, Gucci et toutes les autres marques. Cela fait partie de l'essence de la France que de défendre la beauté, comme cela en fait partie de défendre le vin, comme cela en fait partie de défendre la nourriture, notre hôtellerie.
Et nous avons aussi les plus beaux hôtels du monde. C'est pour cela que les gens nous aiment.
Si nous sommes le pays le plus visité au monde, c'est que nous avons le culte de la beauté.
Puisque vous pouvez la donner à tout le monde, qu'est-ce qu'on attend ?
Bien sûr, il faut avoir de la technique, de l'éthique. Bien sûr, c'est le professionnalisme d'abord.
C'est ce que tu as fait Marcel en regroupant les plus grands chirurgiens du monde, et bien maintenant il faut que les journalistes nous aident à le faire savoir.
Certes la publicité n'est pas autorisée, mais je pense que c'est un crime que de ne pas informer, de ne pas libérer les gens.
Je vous rappelle que oui, c'est vrai, je pourrais avoir les cheveux de Brad Pitt. Mais il y a 40 ans ce n'était pas possible. Cela foutait une telle trouille, vous étiez tellement ridicule, que vous ne vouliez pas y retourner.
M. Lejade : Nous avons les meilleurs chirurgiens du monde, nous avons les établissements les plus sécurisés du monde, le savoir-faire nous l'avons. Mais comment le faire savoir, comment pouvons-nous survivre alors que nous ne pouvons pas communiquer ? Or il est fondamental que les cliniques privées puissent communiquer directement avec les consommateurs. Par quels moyens pouvons-nous y arriver ?
C'est peut-être la première des choses.
Dr Claude Le Louarn : Je pense que nous devons avoir conscience que la chirurgie esthétique française est une chirurgie d'excellence parmi les meilleures du monde. Et c'est à partir de ce socle-là, de l'excellence,
que l'on arrivera à se construire et à améliorer notre image. Il est important de le faire savoir médiatiquement mais aussi scientifiquement, parce que le début de l'excellence c'est de la prouver scientifiquement.
La création de l'excellence en France a commencé avec Louis XIV qui a rassemblé dans tous les domaines les meilleurs ouvriers qui existaient au monde. Donc si on veut continuer sur le même niveau, il faut que l'on prouve scientifiquement que
notre chirurgie est la meilleure du monde, et quand les autres le diront, nous le dirons nous aussi.
Il faudrait par exemple que notre société ait une politique de communication vers les autres sociétés, pour le niveau scientifique que nous avons, qui soit beaucoup plus importante. Que l'on ne soit plus les gaulois isolés dans notre
petit village mais que l'on communique énormément aux États-Unis et dans tous les autres pays pour montrer que, à chaque fois, l'on représente l'innovation, l'excellence et le meilleur niveau. C'est une structure que l'on doit créer
pour envahir de notre qualité les autres pays.
Jacques Séguéla : Vous avez tout à fait raison. Il faut commencer par la science, parce que ce qui compte c'est le produit, c'est le résultat, évidemment avec les hommes qui ont le talent de le faire. Si on regarde
bien l'histoire de la chirurgie esthétique, c'est Pitangui qui finalement l'a fait admettre au monde.
Mais l'époque des egos surdimensionnés, c'est pourquoi je vous ai cité cette petite phrase de lui, est terminée aujourd'hui. On fait confiance à des groupes.
Donc comme vous avez la chance d'être déjà ici 70, vous avez un syndicat. Faites des commissions, faites des communications de groupe que vous signez « les chirurgiens plastiques français », que vous envoyez dans le monde entier.
Comme c'est toujours personnel ces communications-là et que l'on n'a pas en France de superstar, et que si l'on avait une superstar cela créerait peut-être plus de problèmes finalement que de résultats, il y a peut être une idée à creuser :
il faudrait trouver le nom, une sorte de comité des plasticiens français qui s'exprimerait et çà, on peut en faire la publicité facilement.
Dr Bernard Cornette de Saint-Cyr : Vous avez tout compris, c'est extraordinaire !!!
Problèmes des produits cosmétiques : eux ont droit à la publicité. Concurrence déloyale ?
Dr Jean-Claude Hagège : Je crois que nous ne devons pas avoir du tout peur de la concurrence et de la publicité des produits de beauté. je crois que comme a dit un jour Y. Pitangui, « la demande de beauté est une ».
Peut-être même que commencer par des crèmes qui n'ont pas d'action n'est pas grave. Cela décrispe les gens, les ouvre à la chirurgie esthétique. Ce n'est pas une concurrence mais une complémentarité dans le temps.
Jacques Séguéla : Tout ce que vous avez dit est très vrai. Cela habitue la femme à prendre soin de sa beauté, et cette publicité pour les produits cosmétiques contribue à la libérer.
Mais maintenant c'est à vous de prendre le relais, c'est à votre tour.
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